XXIe siècle, Saint-Christol aujourd’hui

Aujourd’hui, Saint-Christol est un village parmi les plus agréables de la région. Idéalement situé entre les villes de Montpellier et de Nîmes, entre Cévennes et Méditerranée, le village est apprécié pour son charme, son caractère et son calme.

Au cœur du Languedoc, les Saint-Christolais de naissance ou d’adoption, sont fidèles à l’hymne régional, "Coupo Santo", que l’on entonne à chaque grande occasion. Un poème a même été écrit par un Saint-Christolais anonyme.

Le terroir et la compétence de ses vignerons en font une référence au sein de l’appellation contrôlée "Coteaux du Languedoc". Un label "Terroir de Saint-Christol" est à l’étude.

Les traditions sont bien implantées avec notamment la bouvine, très présente à toute occasion dans le village. La fête de Saint-Christol qui se tient tous les ans fin juillet est une réussite, chaque année renouvelée.

Grâce à ses habitants, ses élus, sa paroisse, ses artisans et commerçants, ses producteurs de vins, ses associations, Saint-Christol a su concilier traditions, modernisme et qualité de vie.

Le témoignage d’Edwige Rouquette
doyenne de la région Languedoc-Roussillon
décédée en 2007 à l’âge de 110 ans

Une silhouette menue et quelques difficultés à entendre révèlent son âge, 109 ans. Selon nos informations, Edwige Rouquette est désormais la doyenne de notre département. Née le 9 juin 1897 à Saint-Christol, fille d’Eugène Nourrit et de Léonie Mercier, elle est aujourd’hui encore une dame coquette, élégante, bien coiffée et en pleine possession de ses moyens intellectuels. Elle a accepté de nous recevoir, en compagnie de sa fille Odile, pour retracer sa vie et, à travers elle, celle de Saint-Christol depuis la fin du XIXe siècle.

Son souvenir le plus ancien remonte à 1905, année de la séparation de l’Église et de l’État, où elle se souvient s’être barricadée dans l’église avec ses parents et plusieurs autres personnes pour empêcher le représentant de l’État d’établir l’inventaire des objets de valeur détenus par la paroisse. Il a fallu l’intervention des gendarmes de Lunel, dix-huit coups de bélier et quelques cognées de haches avant que la porte de l’église ne cède ce qui a provoqué la colère de l’abbé Gavanon. Edwige se souvient de « ces moments de tension mêlés de frayeurs et de prières ».

Elle se souvient aussi que la déclaration de la guerre le 3 août 1914. « C’était pendant la fête de Saint-Christol. Toute la jeunesse était réunie autour des charrettes qui nous servaient d’arènes pour jouer avec le taureau. Soudain, on annonça l’ordre de mobilisation générale. Ce fut comme une douche froide. Chacun repartit chez lui, tête basse, mesurant la gravité du moment » et elle ajoute « Je crois bien que l’on a oublié le taureau au milieu des charrettes ! ». Le 11 novembre 1918, elle se trouve à Lunel pour faire quelques courses lorsque l’armistice est annoncée. Elle se précipite chez le marchand pour acheter des petits drapeaux tricolores qu’elle attache à sa voiture à cheval, puis elle rentre joyeusement à Saint-Christol.

L’entre-deux-guerres sera pour Edwige, comme pour beaucoup d’autres, une période agréable et prometteuse. Elle se marie en 1927 avec Georges Rouquette qui habitait un peu plus bas dans l’avenue Saint-Christophe. Elle était proche voisine mais elle ne le connaissait pas : « Il faut dire qu’à l’époque les jeunes filles ne sortaient pas comme maintenant ». Ils auront trois enfants Odile, Michel et Guilhem qui lui donneront par la suite 6 petits-enfants et 17 arrière-petits-enfants.

Mais en 1939, à l’aube de la seconde guerre mondiale, il a fallu laisser la De Dion-Bouton au garage, faute d’essence. Le pain, le beurre et la viande sont rationnés. « Nous avions la chance d’avoir un cochon, une chèvre, quelques poules et le gibier que mon mari ramenait parfois de la chasse ». Un officier allemand décide de s’installer dans la maison familiale de l’avenue Saint-Christophe mais la famille Rouquette lui refuse l’hospitalité prétextant que la bâtisse n’était pas suffisamment solide. Elle le sera cependant pour accueillir un officier belge et une vingtaine de soldats, parce que venus en alliés et non en envahisseurs.

Georges Rouquette est élu à l’unanimité président de la Cave coopérative en 1941, alors qu’Élisabeth, belle-sœur d’Edwige, devient la marraine d’une des deux cloches installées après l’édification du clocher de l’église en 1952.

Désormais, Edwige Rouquette partage son temps entre Montpellier où elle réside l’hiver et Saint-Christol, l’été. Elle est entourée de sa famille qui lui apporte toute l’affection et le respect dû à son grand âge. Seconde doyenne de Saint-Christol, Jeanne Mauron talonne Edwige avec ses 106 ans fêtés en juillet dernier. Aînée d’une famille de 11 enfants, elle a contribué à élever ses frères et ses sœurs. Elle s’est ensuite mariée à Maurice Vergnet. Ils ont eu deux enfants, suivis de nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants. Jeanne Mauron vit actuellement à Sommières.

Texte et photo : Jean-Pierre Gorce
Correspondant Midi-Libre
26 août 2006